Aux pieds d'Edvige...

Publié le par showshoes


Les pieds d'Edvige ont 13 ans sur cette photo.

EDVIGE... n'est pas une fille de 13ans, n'est pas la nouvelle tornade qui va s'abattre sur Haïti, EDVIGE c'est l'Exploitation Documentaire et Valorisation de l’Information Générale” crée par le nouveau service de renseignement unifié, la DCRI (Direction centrale du renseignement intérieur) qui fusionne les activités des RG (Renseignements Généraux) et de la DST (Direction de la Surveillance du Territoire).

Voté en catimini en juillet 2008 au moment où tout le monde s'esbaudissait des talents de Carla Bruni, EDVIGE a fait imédiatement parlé la toile. Nombre de blogueurs (justice et citoyens, essentiellement) s'en sont tout de suite émus, mais à part eux, il n'y a eu aucun journaliste TV ou presse écrite pour s'en saisir à bras le corps. Faut dire qu'à leur décharge (Ah nos sacrés journalistes !), il leur fallait témoigner de leur solidarité soit envers PPDA qui allait se faire virer soit envers Laurence Ferrari qui allait le remplacer. Tout ça pour rappeler à nos chers journalistes qui s'empressent chaque fois qu'on leur tend un micro ou un stylo de taper sur la toile, qu'heureusement le "Net" est là pour veiller...

Alors Edvige, Késako ?
Edvige est là pour veiller, surveiller vos chérubins. Ce nouvel outil permettra de ficher dès l’âge de 13 ans les mineurs “susceptibles de porter atteinte à l’ordre public”.

Susceptible de porter atteinte à l'ordre public. A 13 ans.
Gérard Gachet, le porte parole du ministère de l'intérieur, s'explique: "...aujourd'hui, 20 % des mis en cause dans les procédures judiciaires sont des mineurs. Nous sommes confrontés à des phénomènes de bande et à un développement des violences urbaines.  Edvige permettra de faire savoir à ces jeunes qu'ils sont fichés - c'est un peu comme si on leur disait : "Attention, on t'a à l'oeil !" - et de convoquer leurs parents pour tenter de les remettre sur le droit chemin."
Cet argument n'a guère convaincu la CNIL (Commission nationale de l'informatique et des libertés) qui dès le 16 juin a demandé, en vain, au gouvernement d'"encadrer" cette collecte et de la limiter dans le temps. "Le droit de changer, le droit à l'oubli doit être assuré pour tous, y compris pour les citoyens de demain". Mais queue pied de chique, le gouvernement s'est assis sur les désidératas de la CNIL et a publié son décret, le 1er Juillet.

Qui donc est susceptible de porter atteinte à l'ordre public à 13 ans ?
Pour le gouvernement, c'est simple, c'est la bande de jeunes. D'ailleurs au micro de France Inter, dans l'émission "le téléphone sonne" du 26 août, un policier convaincu expliquait à Corinne Lepage que c'était utile parce que tous les jeunes qu'on ne pouvait pas attrapper sur les lieux d'un incident, on pouvait les retrouver grâce au fichier. Ce qui n'a pas manqué de faire sourire l'auditeur que je suis et non plus Jean-Pierre Dubois, président de la (LDH*), qui lui a rétorqué qu'il ne voyait pas comment on pouvait ficher des individus qui avaient échappé aux forces de l'ordre ! Penser ainsi les forces de l'ordre, c'est se projeter dans Minority Report et imaginer qu'on peut empêcher un crime avant qu'il ne soit commis !!

Pour Nicolas Sarkozy, ce n'est pas la bande de jeunes, c'est le jeune tout court. "On ne devient pas violent, on naît violent". Souvenons-nous de l'entretien qu'il avait eu avec Michel Onfray dans Philosophie Magazine d'Avril 2007, c'est-à-dire, pendant la campagne électorale. Nicolas Sarkozy : J'inclinerais pour ma part à penser qu'on naît pédophile, et c'est d'ailleurs un problème que nous ne sachions soigner cette pathologie-là. Il y a 1200 ou 1300 jeunes qui se suicident en France chaque année, ce n'est pas parce que leurs parents s'en sont mal occupés ! Mais parce que génétiquement ils avaient une fragilité, une douleur préalable.

Ainsi pour Nicolas Sarkozy tout est dans les gênes. Et si tout est dans les gênes, alors on peut prévenir la délinquance. Revenons encore plus en arrière. Fin 2005.
Dans son avant-projet de loi sur la prévention de la délinquance, Nicolas Sarkozy, alors ministre de l'intérieur, inscrivait  le principe d’une « détection précoce des troubles du comportement » chez le jeune enfant « pouvant conduire à la délinquance à l’adolescence ». Au vu des protestations qui alors se sont élevées, le ministre de l'intérieur avait retiré ces "précautions" de son projet de loi.

Passons maintenant ce décret du 1er Juillet à un cas pratique : vous allez voir c'est assez rigolo...
Kévin, appelons le Kévin. Kévin a 13 ans. Il est au collège en 5e. Pas sur "brillant" et plutôt agité, Kévin est une forte tête qui aime bien faire rire ces petits camarades aux dépens de son prof de dessin (j'aurais pu dire technologie). Et alors que son prof lui demande de se tenir sagement tranquille sur sa chaise, Kévin l'envoie bouler et le traite de "gros lard".  Kévin sait qu'il est intouchable, son père est flic. Eclats de rire général de la classe.
A ce stade du récit, on le voit Kévin a toutes les caractéristiques du jeune adolescent susceptible de troubler l'ordre public. D'ailleurs c'est ce qu'il fait, il trouble l'ordre public de la classe. Son prof, vu le nouveau décret, réagit alors immédiatement. Et au lieu de lui donner une gifle, porte plainte. Aussitôt, un policier entend donc Kévin, l'enregistre sur Edvige et convoque ses parents, donc son collègue qui lui aussi est flic. Normalement, comme nous l'explique Gérard Gachet, le policier qui enregistre la fiche de Kévin fait la morale au policier qui est le père de Kévin en lui disant qu'il doit rester dans le droit chemin. Parce que visiblement, le père de Kévin a pris avec son fils un chemin de traverse. Et les chemis de traverses pour les flics, on sait souvent où ça les mène, à la bavure.

Pourtant une question demeure : est ce que les flics, qui défendent tous cette loi,  enregistreront leur chérubins ?





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