Six pieds sous terre...

Publié le par showshoes

Quand les scénaristes meurent, ils se suicident...



J'ai bien sûr hésiter longuement avant de publier ce post. Ca plombe d'un coup l'ambiance. Et puis, je me suis souvenu que j'avais laissé un commentaire à ce propos sur le blog d'immedias et qu'il l'avait censuré. Pensez-vous, lui, il parlait des grands de ce son monde, les producteurs, les patrons de chaînes et les animateurs. Et il notait qu'à son grand regret, ils mourraient souvent jeune et d'une crise cardiaque.

De toute façon, la mort c'est triste. Il n'y a pas de concurrence. Mais il est tout aussi notable de constater que lorsqu'un scénariste de TV meurt, c'est généralement parce qu'il se suicide. Mais après tout qu'est-ce qu'un scénariste ? et de TV, qui plus est ?

Un scénariste c'est quelqu'un qui écrit des histoires. C'est lui qui vous raconte les histoires que vous consommez tous les soirs à la télévision. Sans scénario, il n'y a pas de comédiens, il n'y a pas de réalisateurs, pas de techniciens, pas de décors, RIEN. Sans lui, vous n'auriez que des débats, des journaux télévisés, des intw. Sans le scénariste, il n'y a rien qui s'apparente à de la fiction.
Et pourtant, le scénariste reste la tête de turc de tout un tas de décideurs.
Ce qui se déroule en 52' (un épisode de R.I.S, de PJ ou d'Avocats et Associés), il aura fallu au scénariste six mois pour l'écrire. Six mois pendant lesquels, tout le monde, du directeur littéraire en passant par le producteur et la chaîne, tout le monde va lui taper dessus. Il y a en effet plein d'interdits à la télévision. Par exemple le tueur / le méchant/ le manipulataur, ne peut pas être : un mineur, un arabe, un noir, un(e) homosexuel(le). Encore que, sur les deux derniers, la télé commence à bouger. Mais un enfant qui serait un tueur, ou un violeur, non.
Dans ces séries, (le Juge est une femme, Julie Lescaut, Sur le Fil)  il n'est pas question non plus de parler "terrorisme"). Sur TF1, par exemble, la drogue est un sujet tabou, donc pas de trafic, pas d'infiltration, pas de réseau, pas de blanchiment d'argent. Pas non plus sur la chaîne de Bouygues, d'allusion au travail au noir dans le bâtiment.
Les policiers sont des "gentils". Ils ne bousculent jamais les prévenus, les cellules de garde-à-vue sont impeccables, tout comme les parloirs. Rien n'est réaliste ni vraisemblable. Rien ne ressemble à ce qu'on vit tous les jours.
Au milieu de cette jungle de bons sentiments, le scénariste tente comme il peut de faire passer sa vision d'une affaire, son sens de la vie. Et il faut chaque fois une sacrée force de caractère pour tenir le cap. Alors, il fait des concessions, il négocie pour qu'à la fin (au bout de six mois) il en reste quelque chose.
En six à huit mois, il aura gagné au mieux 20 000 € brut,  au pire, 5000€ brut. Au mieux, il aura 70% des droits TV, au pire 20%. Et il touchera ses droits quand le film sera diffusé. Et s'il ne l'est pas, c'est tant pis. Le scénariste n'a pas de chômage. S'il ne travaille pas, il ne gagne pas d'argent. Il n'est pas considéré comme un technicien, il n'est pas intermittent. C'est lui qui paie ses cotisations sociales et sa retraite.
Et en plus, bien souvent, on ne reconnaît pas au scénariste, la paternité de l'oeuvre. C'est le réalisateur qu'on félicite, (celui qui pourtant n'a fait que poser sa caméra là où le scénariste l'a décidé), l'acteur ou l'actrice qu'on interview (alors que c'est le scénariste qui a crée le personnage, lui qui sait d'où il vient et pourquoi)

Voilà  pourquoi, à bout certains scénaristes décident que ce seront eux qui auront le fin mot de l'histoire. Ce seront eux qui décideront quand passer l'arme à gauche. Eux et personne d'autre. Chapeau bas donc à mes deux illustres inconnus qui l'année dernière à deux mois d'intervalle ont décidé d'en finir avec toutes ces courbettes pour des queues de cerises.

Sébastien et Marc. Je pense souvent à vous.




Publié dans Humeur

Commenter cet article